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Pilotage et performance

Tableau de bord de CFA : par où commencer ?

Cinq indicateurs, calculables avec ce que vous avez déjà, même si tout est encore sur tableur. Plus celui que la loi du 25 juin 2026 vous obligera à publier sur votre propre site.

Saïd TamirMis à jour le 5 min de lecture

Cinq indicateurs valent mieux que vingt qu’on ne regarde jamais

La plupart des tableaux de bord de CFA échouent pour la même raison : ils sont trop complets. Vingt indicateurs, une réunion trimestrielle pour les commenter, et aucune décision prise à la sortie.

Un premier tableau de bord doit tenir sur un écran, se mettre à jour en un quart d’heure, et répondre à une seule question : où la chaîne se bloque-t-elle en ce moment ?

Voici les cinq chiffres à mettre en place ce trimestre, dans l’ordre.

1 : Le taux de placement à 30, 60 et 90 jours

Définition. Part des candidats admissibles ayant signé un contrat, mesurée à trente, soixante et quatre-vingt-dix jours après leur entrée en recherche.

Pourquoi trois échéances plutôt qu’un taux global. Un taux global de fin d’année ne se pilote pas : quand vous le connaissez, l’année est finie. Trois points de mesure vous disent si votre cohorte de septembre avance plus vite ou moins vite que celle de l’an dernier, et vous laissent le temps d’agir.

Comment le calculer sans outil. Une colonne « date d’entrée en recherche », une colonne « date de signature ». Le reste est une soustraction.

2 : Le délai entre la candidature et la signature

Définition. Nombre de jours médian entre la réception d’une candidature et la signature du contrat.

Prenez la médiane, pas la moyenne. Deux dossiers exceptionnellement longs suffisent à décaler une moyenne de plusieurs semaines et à donner une image fausse.

Pourquoi c’est le plus important des cinq. C’est le seul qui se traduit directement en euros. Depuis le décret n° 2025-585 du 27 juin 2025, le niveau de prise en charge est versé 40 % d’avance, 30 % au 7ᵉ mois, 20 % au 10ᵉ mois, puis le solde, soit 10 %, le tout au prorata temporis (code du travail, art. R. 6332-25 III (nouvelle fenêtre)) : une signature qui recule décale la recette, en réduit l’assiette, et repousse la dernière fraction au-delà du terme du contrat. Le détail est dans ce que la réforme du financement exige de vos données.

3 : Le taux de retour entreprise après mise en relation

Définition. Part des profils envoyés pour lesquels une réponse est arrivée, positive ou négative.

Ce qu’il révèle. La qualité de votre relation entreprise, bien plus que celle de vos candidats. Comptez le silence comme un échec : une entreprise qui répond « non » vous permet de replacer le candidat le jour même, une entreprise qui ne répond pas vous immobilise trois semaines.

4 : Le nombre de candidats sans entreprise à J-30 de la rentrée

Définition. Effectif, par formation, des candidats admissibles encore sans contrat à trente jours de la rentrée.

C’est la question que se pose réellement un directeur au mois d’août, et c’est presque toujours celle dont il n’a pas la réponse au bon moment.

Cet indicateur a une qualité que les autres n’ont pas : il ne se commente pas, il se traite. Chaque ligne est un nom, avec un nombre de jours restants. Il donne la liste des actions de la semaine, pas un pourcentage à mettre dans un rapport.

Il croise en outre le cadre légal : l’apprenti dispose de trois mois pour trouver un employeur, sous statut de stagiaire de la formation professionnelle (article L. 6222-12-1 du code du travail (nouvelle fenêtre)).

5 : Le taux d’insertion professionnelle

Définition. Part des sortants en emploi à six mois, à méthode et périmètre constants.

C’est le seul des cinq qui parle de l’après. C’est aussi celui qui intéresse les familles, les entreprises et les financeurs, et pour lequel vous disposez d’un argument solide : selon la DEPP (Note d’Information n° 25-69), 62 % des apprentis de niveau CAP à BTS sortis en 2024 sont en emploi salarié six mois plus tard, contre 41 % par la voie scolaire.

Celui que la loi vous imposera de publier

Le cinquième indicateur ne restera pas facultatif très longtemps.

La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 (JO du 26 juin 2026) crée à l’article L. 6353-12 du code du travail une obligation de publier sur le site de l’organisme les taux de réussite aux certifications et les taux d’insertion professionnelle, et de les communiquer avant toute inscription et tout paiement. L’article est créé, il n’est pas encore applicable : son entrée en vigueur est fixée par décret, au plus tard le 25 juin 2027. Le manquement exposera à une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par manquement, portée au double en cas de nouveau manquement de même nature constaté dans les deux ans (article L. 6356-2).

L’implication pratique est de calendrier : mesurer une insertion à six mois suppose des coordonnées à jour, une campagne d’enquête et une relance organisée. Si vous commencez le jour de l’obligation, vous publierez un chiffre non fiable, ou rien.

Comment les calculer quand tout est encore sur Excel

C’est faisable, et beaucoup de CFA commencent ainsi. Quatre règles pour que ça tienne :

  1. Un seul fichier, un seul responsable de la saisie. Deux fichiers, c’est deux vérités.
  2. Des dates, pas des états. « Date de qualification », « date d’envoi », « date de signature ». Les statuts s’écrasent, les dates s’empilent, et permettent de recalculer n’importe quel délai après coup.
  3. Des définitions écrites en haut de l’onglet. Numérateur, dénominateur, période, exclusions. C’est ce qui rendra vos chiffres défendables devant un financeur.
  4. Un point hebdomadaire de dix minutes. Sans revue, un tableau de bord meurt en six semaines.

La limite arrive vite : dès que plusieurs conseillers saisissent, les écarts d’interprétation rendent les chiffres invérifiables, et personne n’ose plus les présenter. C’est ce que détaille les limites d’un suivi sur tableur.

Et ensuite

Une fois ces cinq-là en place et regardés pendant un trimestre, les cinq suivants sont dans les dix indicateurs, définis un par un : avec, pour chacun, son mode de calcul et son piège.

Si l’objectif est de ne plus recompter à la main, voir un tableau de bord alimenté par les données du terrain.

Questions fréquentes

Ce qu’on nous demande le plus souvent

  • Les deux premiers (placement et délai) une fois par mois. Le troisième et le quatrième (retour entreprise et candidats sans contrat) une fois par semaine, en réunion d’équipe, en dix minutes.

    Le cinquième, l’insertion, se mesure par campagne d’enquête, pas en continu.

  • Non. Ces cinq indicateurs se calculent avec un tableur, à condition d’accepter deux contraintes : la saisie manuelle et le recomptage à chaque revue.

    Le point de bascule arrive quand plusieurs personnes alimentent le même fichier : les écarts de saisie rendent alors les chiffres invérifiables, et c’est là que l’outil devient utile.

  • On ne se compare pas utilement, et c’est la meilleure nouvelle de cet article. Les taux publiés ne précisent presque jamais leur périmètre, leur public ni leur mode de calcul : deux CFA qui annoncent le même chiffre ne mesurent pas la même chose.

    Comparez-vous à vous-même, à période équivalente, sur une définition écrite et stable. C’est la seule comparaison qui résiste à une question de financeur.

Vous voulez voir ce que ça donne sur vos dossiers ?

On ouvre la plateforme sur votre cas : vos candidats, vos entreprises, vos relances en retard. Pas de diaporama.