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Pilotage et performance

10 KPIs pour piloter vos placements en alternance

Dix indicateurs, définis un par un, avec leur mode de calcul, leur bonne fréquence de lecture et le piège qui les accompagne. Y compris celui que la loi du 25 juin 2026 vous obligera à publier.

Saïd TamirMis à jour le 9 min de lecture

Pourquoi le pilotage par les données n’est plus optionnel en 2026

Un directeur de CFA a toujours eu besoin de chiffres. Ce qui a changé, c’est qu’il devra bientôt les publier, et qu’il faut les avoir collectés avant.

La loi n° 2026-534 du 25 juin 2026 (JO du 26 juin 2026) crée à l’article L. 6353-12 du code du travail une obligation de publication, sur le site de l’organisme, des taux de réussite aux certifications et des taux d’insertion professionnelle, ainsi que leur communication avant toute inscription et tout paiement. Attention au temps employé : cet article est créé, il n’est pas encore applicable. Son entrée en vigueur est fixée par décret, au plus tard le 25 juin 2027, et au 5 septembre 2026 le décret n’est pas paru.

À ne pas confondre avec l’article L. 6353-11, qui impose la transmission dématérialisée aux ministères et aux organismes certificateurs de la liste des apprenants ayant débuté une action et de ceux ayant interrompu leur parcours : celui-là s’applique depuis le 27 juin 2026. Le manquement à l’un comme à l’autre est passible d’une amende administrative pouvant atteindre 4 000 € par manquement, portée au double en cas de nouveau manquement de même nature constaté dans un délai de deux ans (articles L. 6356-1 et L. 6356-2).

Autrement dit : la question n’est pas d’être en règle aujourd’hui, mais d’être capable de produire le chiffre le jour où le décret paraîtra. Un taux d’insertion à six mois ne se reconstitue pas après coup.

Ajoutez le contexte économique (−5 % de contrats en 2025 (DARES, séries longues du contrat d’apprentissage (nouvelle fenêtre), 27 février 2026), et un recul qui se poursuit en 2026, − 2,2 % au premier semestre (DARES, tableau de bord des politiques de l’emploi (nouvelle fenêtre), 26 août 2026)) et le versement du niveau de prise en charge en 40 / 30 / 20, puis le solde, soit 10 %, au prorata temporis depuis le décret n° 2025-585 du 27 juin 2025, et vous avez la raison pour laquelle ces dix indicateurs méritent une heure par mois.

Un mot sur la méthode, avant de commencer : aucun des chiffres ci-dessous n’a de valeur cible universelle. Ce qui compte est votre propre évolution, mesurée sur votre propre périmètre. La dernière section explique comment construire cette référence.

KPI 1 : Nombre de candidatures reçues

Définition. Le volume de candidatures entrantes sur une période, ventilé par formation et par canal d’origine.

Calcul. Comptage simple, à condition que toutes les sources arrivent au même endroit. Une candidature reçue par mail et jamais enregistrée n’existe pas.

Ce qu’il vous dit. L’attractivité de votre offre et le rendement de vos actions de communication. Ventilé par canal, il révèle surtout que le canal qui produit le plus de candidatures n’est presque jamais celui qui produit le plus de contrats.

Le piège. En faire un objectif. Un volume qui monte pendant que le taux de qualification s’effondre coûte du temps à toute l’équipe.

KPI 2 : Taux de qualification des candidatures

Définition. Part des candidatures reçues qui atteignent le statut « admissible ».

Calcul. Candidatures qualifiées ÷ candidatures reçues, sur la même période d’entrée.

Ce qu’il vous dit. L’alignement entre ce que vous promettez dans votre communication et ce que vous exigez réellement. Un taux qui chute après une campagne signale un ciblage à revoir, pas des candidats de moins bonne qualité.

Le piège. Le lire sans lire ses causes. Ventilez-le par canal et par formation, sinon il ne se pilote pas.

KPI 3 : Taux de mise en relation entreprise

Définition. Part des candidats admissibles présentés à au moins une entreprise.

Calcul. Candidats présentés ÷ candidats admissibles.

Ce qu’il vous dit. Si votre vivier d’entreprises suit votre vivier de candidats. Un écart durable signale que le problème n’est pas le sourcing candidat mais le portefeuille d’entreprises.

Le piège. Le confondre avec le nombre d’envois. Présenter dix fois le même candidat à dix entreprises ne fait pas dix mises en relation utiles.

KPI 4 : Taux de retour entreprise

Définition. Part des profils envoyés pour lesquels une réponse est arrivée, quelle qu’elle soit.

Calcul. Profils avec réponse ÷ profils envoyés, avec le délai moyen de réponse en second regard.

Ce qu’il vous dit. La qualité de votre relation entreprise, bien plus que celle de vos candidats. Une entreprise qui répond « non » est une entreprise qui travaille avec vous ; une entreprise qui ne répond pas est une piste morte que vous n’avez pas remplacée.

Le piège. Ne compter que les réponses positives. Le silence est l’information la plus coûteuse : c’est lui qu’il faut faire baisser.

KPI 5 : Taux de signature de contrats

Définition. Part des candidatures reçues qui aboutissent à un contrat signé.

Calcul. Contrats signés ÷ candidatures reçues, sur une cohorte suivie dans le temps, pas sur le mois calendaire, sinon vous comparez des entrées de septembre à des signatures de juin.

Ce qu’il vous dit. Le rendement de toute la chaîne, d’un bout à l’autre.

Le piège. L’utiliser comme indicateur de pilotage hebdomadaire. Il bouge trop lentement : il se commente en comité, il ne se pilote pas le lundi matin.

KPI 6 : Délai moyen entre la candidature et la signature

Définition. Nombre de jours entre l’entrée d’une candidature et la signature du contrat.

Calcul. Moyenne, et surtout médiane : quelques dossiers très longs déforment la moyenne au point de la rendre inutile.

Ce qu’il vous dit. C’est le seul indicateur de cette liste qui se traduit directement en euros. Depuis le décret n° 2025-585 du 27 juin 2025, le niveau de prise en charge est versé 40 % d’avance, 30 % au 7ᵉ mois, 20 % au 10ᵉ mois, puis le solde, soit 10 %, le tout au prorata temporis (code du travail, art. R. 6332-25 III (nouvelle fenêtre)). Chaque semaine de retard sur une signature décale la première fraction, réduit l’assiette proratisée, et repousse d’autant la dernière. Un délai qui se raccourcit de deux semaines sur cent contrats n’est pas un confort d’organisation, c’est une recette.

Le piège. Mesurer le délai global sans le découper. Découpez-le en trois : candidature → qualification, qualification → présentation, présentation → signature. Le blocage est presque toujours dans le deuxième segment.

KPI 7 : Délai de placement au regard des 3 mois légaux

Définition. Part des candidats entrés en formation sans contrat qui trouvent un employeur dans le délai légal, et nombre de jours restants pour ceux qui sont encore en recherche.

Le cadre. L’apprenti dispose de trois mois pour trouver un employeur ; pendant ce délai il suit la formation sous le statut de stagiaire de la formation professionnelle, et le CFA « l’assiste dans la recherche d’un employeur » (article L. 6222-12-1 du code du travail (nouvelle fenêtre)).

Ce qu’il vous dit. C’est le compte à rebours qui structure toute la vie du conseiller. Tant qu’il n’est pas un indicateur, il reste une anxiété diffuse et une découverte de dernière minute.

Le piège. Le regarder en fin de trimestre. Il se regarde chaque semaine, trié par jours restants croissants.

KPI 8 : Taux de présence aux rendez-vous

Définition. Part des rendez-vous honorés parmi les rendez-vous programmés : entretiens de qualification, sessions d’information, entretiens entreprise.

Ce qu’il vous dit. L’efficacité de votre communication de rappel, et l’engagement réel des candidats. Chaque absence mobilise un conseiller et retarde d’autres dossiers.

Le piège. N’agir que sur le rappel. Un taux bas s’explique souvent par un délai trop long entre la prise de rendez-vous et sa date.

KPI 9 : Charge et résultats de l’équipe

Définition. Volume de dossiers en cours et d’actions en attente, par file d’attente : dossiers à qualifier, profils envoyés sans retour, candidats sans entreprise, entreprises à rappeler.

Cet indicateur ne se lit pas par personne. Il se lit par file d’attente. C’est la règle la plus importante de ce guide, et elle mérite d’être posée en réunion d’équipe avant même d’ouvrir l’outil.

Le motif est pratique autant qu’éthique. Un indicateur lu par personne devient un classement ; une équipe classée cesse de renseigner l’information fine ; les données se dégradent ; le tableau de bord devient faux en un trimestre. Un indicateur lu par file d’attente montre où les dossiers s’accumulent et permet d’aller aider quelqu’un qui déborde.

Ce qu’il vous dit. Où la chaîne se bouche, et si la charge est répartissable.

Le piège. Le nombre d’actions réalisées. C’est un compteur d’activité, pas un indicateur de pilotage : il monte quand on relance dix fois la même entreprise sans résultat.

KPI 10 : Taux d’insertion professionnelle

Définition. Part des sortants en emploi à six mois, à périmètre et méthode constants.

Ce qu’il vous dit. La valeur réelle de vos formations sur le marché du travail, et désormais, ce que vous devrez publier au titre de l’article L. 6353-12 du code du travail.

C’est aussi votre meilleur argument face aux entreprises et aux familles. Selon la DEPP (Note d’Information n° 25-69), 62 % des apprentis de niveau CAP à BTS sortis en 2024 sont en emploi salarié six mois plus tard, contre 41 % par la voie scolaire.

Le piège. Attendre le décret d’application pour construire la mesure. La collecte à six mois suppose des coordonnées à jour et une relance organisée : si vous commencez le jour de l’obligation, vous publierez un chiffre faux ou aucun chiffre.

Comment construire votre référence interne (et pourquoi les benchmarks du secteur ne servent à rien)

Les taux qui circulent dans le secteur ne précisent presque jamais leur périmètre : quel public, quels niveaux, quelles formations, quel mode de calcul, quelle année. Deux CFA qui annoncent le même taux de placement ne mesurent pas la même chose. S’y comparer, c’est arbitrer à partir d’un chiffre dont on ignore la définition.

La méthode qui fonctionne tient en quatre points.

  1. Figez vos définitions par écrit. Une phrase par indicateur : numérateur, dénominateur, période, exclusions. C’est ce document qui rendra vos chiffres défendables devant un financeur.
  2. Mesurez trois à six mois glissants sans rien changer. C’est votre référence, et elle vaut mieux que n’importe quelle moyenne nationale.
  3. Comparez-vous à vous-même, à période équivalente : septembre contre septembre, jamais septembre contre février.
  4. Ne pilotez qu’un indicateur à la fois. Choisissez celui qui bloque les autres, agissez dessus un trimestre, mesurez, passez au suivant.

Si vous partez de zéro, l’article par quels indicateurs commencer propose les cinq premiers, calculables même quand tout est encore sur tableur. Et comme ces chiffres se nourrissent d’un processus, le process de mise en relation qui alimente ces chiffres décrit ce qui les fait bouger.

Enfin, une question qui vient toujours en comité : ces données sont-elles bien protégées ? Elles portent sur des personnes, souvent mineures. Voir où sont hébergées les données que vous mesurez, et un tableau de bord qui se remplit tout seul pour la partie outil.

Questions fréquentes

Ce qu’on nous demande le plus souvent

  • Les indicateurs opérationnels (candidatures reçues, dossiers qualifiés, retours entreprise en attente) se regardent une fois par semaine, en dix minutes, en réunion d’équipe. Les indicateurs de résultat (taux de signature, délai moyen, insertion) se regardent une fois par mois.

    Une revue complète par trimestre suffit pour arbitrer. Au-delà, vous passerez plus de temps à commenter les chiffres qu’à agir dessus.

  • En mesurant d’abord, et en fixant ensuite. Prenez trois à six mois glissants pour établir votre propre référence, puis fixez une progression sur l’indicateur qui bloque le reste de la chaîne, le plus souvent le délai de retour entreprise.

    Ne reprenez pas un objectif lu dans une plaquette : les taux publiés par le secteur ne disent ni le périmètre, ni le mode de calcul, ni le type de public. Ils ne sont comparables à rien.

  • Partagez largement les indicateurs collectifs : ils donnent du sens au travail et font remonter des propositions du terrain. En revanche, ne construisez pas de classement par personne.

    La règle qui tient dans le temps : les chiffres d’équipe sont publics dans l’équipe, et servent à répartir la charge. Les entretiens individuels se tiennent ailleurs, avec d’autres éléments.

  • En gardant au moins un indicateur qui parle du candidat et non du flux : le nombre de candidats sans entreprise à trente jours de la rentrée. Il empêche de se satisfaire d’un bon taux moyen pendant que dix jeunes attendent.

    Et en rappelant à quoi sert la mesure : repérer où la chaîne se bloque, pas produire un rendement.

  • Un tableur suffit pour démarrer, à condition d’accepter la double saisie et le recomptage manuel. Le point de bascule arrive quand plusieurs conseillers alimentent la même base : les écarts de saisie rendent alors les chiffres invérifiables.

    À ce moment-là, l’indicateur doit être un sous-produit du travail quotidien, pas une tâche supplémentaire : il se calcule à partir des actions déjà enregistrées.

Et si on regardait vos dossiers ?

Sur vos cas réels : votre pipeline, vos relances, votre tableau de bord. Vous verrez en direct ce que ça change sur une semaine de travail.